Il aurait pu l’appeler « salle des pas perdus », en clin d’oeil à ses oeuvres – reprenant chacune le modèle de pieds entremêlés – attendant d’avoir leur propre symbolique… Mais c’est « Atel’ièps » que l’artiste a choisi, et peint sur la porte en lettres d’écolier, pour désigner son espace de création.
Mickaël Clebert est devenu artiste après une blessure maligne à la cheville. Un coup d’arrêt au skate – dont il entendait faire l’objet de sa carrière – mis à profit par le trentenaire pour explorer une nouvelle discipline, sinon sportive alors artistique, et par elle acter un rebond magnifique. « Continuer à marcher. » Tel est le crédo de Mickaël qui, le temps de sa convalescence, sa quête aussi d’un autre chemin vers soi, trouve dans ses carnets de croquis une force créatrice et les bases d’un nouvel univers. Il y a eu les fleurs d’abord, de celles qui font éclore un homme ; et rapidement le pied, mêlé à 16 milliards d’autres, sur ses toiles et sur Terre. L’artiste le sait, il tient son motif. Son identité. Le pied, celui qui l’a fragilisé à l’époque et le porte aujourd’hui. Du corps, Mickaël ne retient que les pieds, qu’il trace très géométriques, comme pour illustrer la rudesse du monde, adoucie pourtant par le lien qui les unit dans un ensemble esthétique, presque hypnotique. Un résultat que l’artiste lui-même peine à soupçonner avant de revenir à lui après un état méditatif où l’intuition prend… le pas sur la réflexion. « Le moment de création doit être dûment installé, pour permettre à l’âme de monter en vibrations. » Car c’est à un voyage que convie l’artiste dans chacun de ses tableaux. Voyage dans l’imaginaire de celui qui regarde et interprète. Si la toile est un cadeau, elle n’a jamais le même sens pour celui qui l’offre et celui qui la reçoit. C’est dans cette rencontre exactement, que réside la beauté des toiles de Mickaël.
Grande famille
La communauté dont la vie l’a sorti – celle de skateurs passionnés – Mickaël la retrouve par la peinture avec des artistes au même allant que lui transcendés par la création et l’expression dans leurs travaux de ce qu’ils recèlent au fond. « Peindre, c’est être connecté avec soi. » Par la planche ou par le pinceau, il fait aller, laissant à la matière la responsabilité de l’oeuvre finale, de la figure, fut-elle dans les airs ou sur sa toile. Il y a dans le sport et dans l’art la combinaison de la technique et de l’esthétique. La quête d’un équilibre entre exigence et élégance. La coexistence du complexe et du minimaliste. Sa maîtrise, Mickaël la doit à la pratique uniquement. À la confrontation de son travail à celui d’autres. « J’ai besoin d’être bouleversé. » Pas de comprendre. C’est affaire de coeur avant tout. Un coeur d’enfant. Et s’il est un souhait cher à celui de l’artiste, c’est d’unir les mondes dans un même espace. Soit les skateurs et les habitants des villes, en faisant du mobilier urbain des supports de création voués à être survolés, arrondis et patinés. Les petits, moyens et grands du monde, tels qu’illustrés dans sa Pyramide sociale. Les acteurs de la communauté artistique aussi – si éloignés soient-ils par la nature de leur pratique – dans son projet rêvé d’atelier commun, Fondation même, où chacun serait libre de donner à son talent l’existence qu’il mérite. Mais comme il faut du temps pour laisser à chaque oeuvre la chance d’exister, d’arriver à pleine maturité, Mickaël sait devoir attendre encore pour parvenir au sommet. De son art et de ses ambitions.
