Il enflammera le parc René-Nicod samedi 19 juillet avec une envie intacte de jouer et d’incarner le rock’n’roll. Rencontre avec l’amoureux de scène Louis Bertignac.

• Comment et à quel moment avez-vous su que la musique paverait toute votre vie ?
Je ne l’ai jamais su ! J’adorais écouter de la musique, et j’aimais tellement ça que j’ai voulu apprendre à refaire ce que j’entendais. Ensuite, j’ai eu envie de faire des groupes. À 18 ans j’ai passé mon Bac, après j’ai fait un peu de médecine, mais j’aimais de plus en plus la musique, donc je jouais de plus en plus et travaillais de moins en moins… Vers 20 ans, je me me suis dit : tu te laisses une chance de faire de la musique, et s’il se passe rien d’intéressant, tu reprendras les études ou tu trouveras un job. Très rapidement, j’ai rencontré Higelin qui m’a demandé d’être son guitariste. J’ai pris confiance en moi, j’ai fait Téléphone avec mes vieux potes, ça s’est très bien passé. Après 10 ans, je me suis dit que, peut-être, ce sera ma vie de faire que ça. Mais on se demande toujours si ça va durer. À un moment, j’ai eu le choix de faire autre chose, mais j’ai décidé de continuer la musique. Ce qui nous emmène 40 ans après ! Et là, je pense qu’il est trop tard pour faire autre chose…
• Si vous ne deviez garder qu’un seul titre de votre répertoire, quel serait-il et pourquoi ?
Je crois que je dois énormément à ce morceau de bois avec six trucs tendus qui s’appelle ma guitare, alors je crois que ce serait Vas-y guitare.
• À partir des années 2000, vous œuvrez comme « accoucheur de talents musicaux ». Se réalise-t-on autant en coulisses que sur scène ?
C’est différent. Sur scène, c’est tout à fait exceptionnel. On entre dans un domaine presque irréel, c’est la folie. On prend la guitare, on joue avec ses potes, on joue aussi bien qu’on peut, on fait tout ce qu’on peut pour exciter le public, le public répond… C’est des moments incroyables, magiques. On n’a pas ces moments-là, quand on est derrière. C’est quand même moins bien !
• La guitare est-elle l’instrument du rockeur par excellence ?
On peut dire ça. Le rock’n’roll sans guitare, c’est dur à faire. C’est comme la bossa nova sans batterie ou la musique brésilienne sans percussions, il manque un truc. Vous connaissez la différence entre un pianiste et un guitariste ? Le pianiste, vous lui enlevez la partition il arrête de jouer, et le guitariste, vous lui mettez une partition il arrête de jouer ! Pour moi le rock c’est ça… J’en ai une vision spéciale : il faut que ce soit improvisé.
• Peut-on être rockeur sans être un peu rebelle et borderline ?
Je crois que borderline, c’est un peu une figure imposée, quand on est rockeur. Mais rebelle non. Je m’insurge pas contre le système. Je suis un peu banal, à ce niveau-là.
• Trouvez-vous que le rock aujourd’hui est plus sage que le rock d’hier ?
Je pense qu’il y a toujours des rockeurs qui sont presque des Hells Angels, qui sont pas loin d’aller en tôle… remarquez, c’est un peu plus réservé au rap, en ce moment ! On est moins défoncés et moins fous. Mais ça tombe bien, parce que j’ai 70 ans, alors je me vois mal l’être encore aujourd’hui.
• Quel regard portez-vous sur la jeune génération ?
J’ai des enfants alors, forcément, j’ai plein d’espoir. J’espère que tout ira bien, qu’on va éviter des guerres horribles. J’ai l’impression qu’on leur a inculqué des valeurs d’humanité, de gentillesse. J’espère qu’il y en a de nombreux comme eux et que la beauté va l’emporter sur la mocheté.
• Quand on a 71 ans, regarde-t-on derrière avec nostalgie ou devant avec encore plus d’envie ?
Devant ! Surtout maintenant. Mon caractère fait que je regarde le présent. Et c’est à peu près tout ce qui m’intéresse. Ça fait que j’ai pas trop le poids du passé, et pas trop l’inquiétude du futur. Et quand on est sur scène, on apprécie juste après, quand on sort de scène. On se dit « Putain, c’était trop bien ! » On est trop occupé à essayer que ce soit le mieux possible, on n’a pas le temps d’apprécier. Le plaisir, on est là pour le donner.
• Vous jouerez en juillet sur la scène de Oh ! Bugey festival, en plein air dans un parc du centre-ville.
Magnifique : j’adore jouer en plein air, le son est toujours superbe ! Et puis il y a beaucoup de monde devant, c’est un nouveau public chaque fois. Les gens qui viennent me voir dans les théâtres, dans les concerts, je les connais un peu tous, à force. Mais les festivals, c’est de nouvelles tronches, très souvent il y a des très jeunes et j’adore ça. Quarante ans après, les retrouvailles sont toujours aussi bonnes. Même de meilleures en meilleurs parce que plus ça va, plus j’ai l’impression que je vis du bonus. À mon âge, faire du rock’n’roll, c’était pas prévu !

La prog’
• Vendredi 18 juillet
À 19 h, Anima
À 20 h 30, Adé
À 22 h 30, Ibrahim Maalouf
• Samedi 19 juillet
À 17 h 20, Cobi
À 18 h 50, Guillaume Aldebert
À 21 h, Carbonne
À 22 h 30, Louis Bertignac
Tarifs : pass 1 jour 43 €, pass 2 jours 64 €, enfant vendredi 9 €, enfant samedi 24 €, pass VIP 1 jour 190 €
Infos et résa : www.ohbugeyfestival.fr