Posté le 24 mars 2026 par La Rédaction

« Voici Ella, votre petite sœur, accueillez-la et aimez-la. Elle sera une fille au sein de la maison, mais pour tout le reste du monde, elle sera Eli, notre fils. » Tel est le destin conté d’une petite fille née dans une famille qui en compte déjà trois, au sein d’une société où ne pas avoir d’héritier n’est rien moins qu’une malédiction. Alors pour l’honneur et la conformité aux attendus, le père fait le choix de changer sa petite en petit. En le garçon que se doit d’avoir chaque foyer. « Celui qui écrit plutôt qu’il chante, qui agit plutôt qu’il attend. Celui hors de la maison, pas dedans. » Un chef de fratrie – une duperie surtout -, dont les traditions s’accommodent parce que chez les voisins et dans un cas pareil, on fait de même. Ella est Eli quand, à 4 ans, elle court derrière son père en riant. Qu’à 6, elle lit et guide un cerf-volant. Qu’à 8 elle se bat quand on insulte ses sœurs et qu’à 10, elle porte des charges lourdes pour aider à la boutique… Sauf qu’Eli redevient Ella lorsque, à 13 ans, ses parents la marient de force. Lorsqu’aux apparences on préfère l’assurance de voir la petite dernière casée dans une bonne famille… L’avenir de l’enfant sera assuré, et l’honneur des siens sera sauf.

Une multipliée par deux

« J’ai eu envie de mettre en lumière le fossé qui existe encore au XXIe siècle entre le sort des filles et celui des garçons, décrit Nathalie Bensard à la direction artistique. Envie de raconter les dilemmes qui existent entre le poids de la tradition et les évolutions sociétales. » Ainsi les spectateurs suivent-ils Ella dont on troque l’identité contre celle d’un autre, avec tour à tour la question des injonctions et du rôle, si ce n’est assigné alors au moins projeté par les parents. Avec aussi la question du choix empêché et de l’impact sur les concernés. Sort-on indemne d’un parcours que l’on a suivi parce qu’il n’en était pas d’autre ? D’une vie qui n’est pas la nôtre et d’un destin changeant au gré des opportunités jugées par d’autres que soi à saisir ? Au prix d’être tantôt garçon ou fille ? Celle de trop ou celui qu’il faut ? Non.

De loin de près

D’abord conte, l’histoire devient témoignage. Les narratrices deviennent personnages et ce que l’on prend pour fable s’invite à notre table comme un sujet nécessaire. Celui d’être libre et celui d’être soi. Par l’intime, le récit est universel et aborde, à différentes échelles, l’expérience que tout être un jour a endurée. Avec des conséquences anecdotiques ou dramatiques, qui tantôt amusent ou traumatisent mais marquent, toujours. Trait d’union entre les époques, les générations, les traditions, Les filles ne sont pas des poupées de chiffon dénonce l’inégalité, l’injustice tout autant qu’elle salue l’audace et porte haut la voix des jeunes filles aujourd’hui. Celles qui sont sans paraître. Telles qu’elles veulent et pas qu’on attend d’elles.

Les filles ne sont pas des poupées de chiffon
Par la compagnie La Rousse
Jeudi 28 mai à 20 h 30 et vendredi 29 mai à 19 h, au centre culturel Aragon
Tarifs : 12 à 19 €
Durée : 55 min
Dès 8 ans

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