Ce pourrait être un cas d’école, dans l’étude du réchauffement climatique, tant l’écart est brutal entre l’époque où l’on conservait là d’énormes blocs de glace et, des dizaines d’années plus tard, les 35°C accablant le visiteur et grillant la végétation qui désormais s’empare du bâtiment… Un ensemble resté dans son jus depuis l’arrêt de son exploitation et sa désertion, accessible à quiconque marque l’arrêt en bord de route, avant de descendre à pied en direction du lac de Sylans. Bienvenue dans l’Histoire.
Le long de l’axe Lyon-Genève sur l’autoroute dite des Titans, aux Neyrolles exactement, les Glacières de Sylans forment un site – autrefois industriel, devenu naturel – niché entre la montagne du Poizat et le lac en contrebas. Un site fragile, que l’on peut tantôt approcher ou contourner, depuis les sentiers qui le bordent – l’un permettant d’apprécier le bâtiment de près, l’autre offrant une vue d’ensemble -, mais où il est formellement interdit d’entrer. « L’ensemble a été bâti sur des remblais gagnés sur le lac. La dalle en béton est en équilibre instable et constitue une menace », est-il indiqué à plusieurs reprise dans le périmètre de visite. Un avertissement doublé d’un plan aidant à imaginer le ballet qui se jouait là à l’époque.
Une histoire dans l’Histoire
À l’Antiquité, soit plusieurs millénaires avant notre ère, déjà, on plébiscite dans les hautes sphères de la société le recours à la glace pour conserver et agrémenter différents mets et boissons… Les siècles passant ne font que confirmer l’attrait des cours royales pour le produit, devenu un incontournable sur les tablées de prestige. Les techniques sont apparues tôt en différents points du monde pour rafraîchir les denrées ; notamment dans la Grèce antique avec des amphores à double paroi. Les châteaux ont été nombreux à développer leur propre système depuis les cours d’eau passant à proximité, avant que les glacières n’apparaissent dans leur forme industrielle pour satisfaire les demandes, de plus en plus importantes. C’est Joachim Moinat le premier qui, gérant de deux établissements à Nantua et Bourg, a eu l’idée d’exploiter la glace à Sylans. D’abord pour pallier ses besoins et, plus tard, fort du soutien de la préfecture et du raccordement du site à la voie ferrée reliant La Cluse à Valserhône, anciennement Bellegarde, pour en faire une activité à part entière. Le pionnier cédait l’affaire en 1884 à la Société des glacières de Paris, laquelle a permis de développer le commerce de glace à l’échelle industrielle. Avec l’expédition de jusqu’à 30 wagons de 10 tonnes chacun chaque jour. Les années 1910 marquent le début du déclin. Les hivers sont moins rudes, la Première Guerre mondiale s’annonce et mobilise les hommes en capacité de travailler, donc de se battre. La glace artificielle vient aussi concurrencer celle extraite des ressources naturelles. La dernière récolte date de février 1917. Depuis la cessation d’activité et la mise en vente des bâtiments, plusieurs projets ont été avancés, mais aucun n’a abouti. L’instabilité des sols, doublée de la situation géographique n’offrant qu’une faible exposition au soleil et du développement de la végétation, a fini de compromettre la réhabilitation des bâtiments, qui sont propriété de Haut-Bugey agglomération depuis 2018, après l’avoir été de la communauté de communes Lac de Nantua jusque fin 2013 et de celle du Haut-Bugey jusqu’en 2014 ; et point d’intérêt touristique aujourd’hui. Les visites sont libres et gratuites, à la condition de respecter le balisage ; ou guidées, sur réservation auprès de l’office de tourisme.

Glacières de Sylans
D1084, Les Neyrolles
Plus d’infos ? 04 74 12 11 57 – www.hautbugey-tourisme.com


