Son monde est exposé dans son salon et sur les étagères de l’atelier où elle assure la cuisson… Car c’est depuis chez elle que Stéphanie Robin donne vie à ses créatures – souvent oniriques – à partir de blocs de pierre et forte du savoir-faire acquis auprès de Julie Charbonnier à l’atelier sculpture où, il y a 8 ans, elle a découvert les rudiments de la pratique et depuis développé son propre style. Stéphanie est de ces âmes créatives qui aiment expérimenter plusieurs supports pour s’exprimer, jusqu’à trouver celui qui fait écho. « J’ai testé plein de choses, depuis petite. » Peinture, mosaïque, scrapbooking. Puis un jour la sculpture. Puis un jour, l’évidence. « J’ai tout de suite adoré ce travail en volume. » Faire naître une forme à mesure que la matière s’élève. Par le geste façonner une silhouette, un contour, donner à la peau une texture… Bref, créer la vie. À force d’essais, de persévérance aussi, l’artiste, qui pratique en amateur, a forgé son identité. « On arrive à me dire aujourd’hui que l’on reconnaît mes pièces parmi celles d’autres. » Si sa première a été inspirée d’une personne, toutes ses œuvres ensuite ont été fruit de son imaginaire. Notamment la tête de lion, librement inspirée de Pirates des Caraïbes et son héros, Jack Sparrow. « Je cherche des photos sous plusieurs angles pour appréhender les volumes, et pars, sans modèle ni croquis à côté. » Son point de départ, c’est le grès. Sorte de pâte à modeler granuleuse dont elle multiplie les couches avant de sculpter, à l’aide d’outils dont elle manie les effets pour donner à chaque création son lot de réalisme. Quant au temps passé sur chacune ? « Impossible de le dire… » tant le travail se fait par étape, le soir et les week-ends. « Mais ça représente beaucoup d’heures. »
La part de magie
De ses façonnages, Stéphanie fait des œuvres d’art… La terre brute est mise à sécher, quelques jours à quelques semaines selon l’épaisseur ; puis à cuire une première fois dans un four, avant de recevoir un émaillage et de repartir en cuisson, dans le même four ou au raku. « Le raku consiste en la cuisson rapide, une heure environ, d’une pièce que je sors encore chaude et dépose sur des copeaux de bois. Avec la chaleur, le bois prend feu et avec le choc thermique, la matière craquèle tandis que les parties non émaillées sont noircies. » Un jeu de hasard que Stéphanie apprécie particulièrement, découvrant à chaque sortie de four l’allure de ses pièces. « Les craquelures sont plus ou moins nombreuses, parfois l’émail s’oxyde et donne des nuances cuivrées… On ne maîtrise pas tout, il faut l’accepter. C’est la part de magie. » L’aléatoire aussi, ôtant sa part de routine à la pratique, et donnant à l’artiste un élan intact sur chaque nouvelle création. « Même sur une série, il n’est pas deux pièces qui soient identiques… » Si Stéphanie maîtrise la technique, et a depuis ses débuts pris soin de s’équiper à domicile, elle continue de suivre les ateliers dispensés par Julie, au centre culturel. « Parce qu’on n’a jamais fini d’apprendre. » Ni jamais assez soigné l’expression des personnages. « J’aime donner un côté humain aux animaux. » Ainsi amorce-t-elle son travail en compilant un maximum de visuels pour saisir les formes et volumes, et rendre dans ses créations les traits qui ajouteront à leur réalisme. « Il faut arriver à garder la vraie morphologie. Le moindre détail que vous changez dans l’expression peut modifier le visage tout entier. Il ne faut pas grand-chose… » Sans s’éloigner de la 3D, l’ancienne esthéticienne a le projet de travailler autour du corps : « De par mon métier, je connais l’anatomie par cœur. » Une base technique à laquelle l’artiste entend apporter sa force créatrice une fois trouvée « la porte d’entrée »… Une porte laissée grande ouverte par cette jusqu’au boutiste passionnée, qui fait de chaque projet une nouvelle raison d’explorer. « La seule limite, c’est celle que l’on s’impose. »
