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Artistes du Haut-Bugey – Geneviève Girod : par la peinture, apprivoiser le chaos

genevieve girod

C’est un atelier d’artiste, comme ceux que l’on imagine. Avec des toiles, partout. Les terminées au mur et celles en cours par terre, sur des bouts de carton. Les pots et pinceaux sont posés sur une table, dans un coin de la pièce. Éparpillés quand vient le temps de la création. Il y a les coulures, les gouttes aussi, sur la nappe et sur le parquet. Les marqueurs de l’art sont là et dès l’entrée l’identité de l’artiste. C’est Geneviève Girod qui a élu – non domicile, quoique, mais – atelier ici. Ses toiles sont un appel à vivre et observer. Fouiller dans l’image ce que l’on n’a pas décelé l’instant d’avant. Revenir et réfléchir, sinon se laisser porter. L’artiste a pris le temps d’observer. D’analyser… Car c’est au cœur du tableau, dans la nature, à son service même, qu’elle a œuvré plus de 30 ans. Et encore aujourd’hui. Geneviève est écologiste de formation et son travail, toujours, a consisté à combiner le sauvage et le domestiqué. À réunir la nature et le jardin dans un ensemble esthétique, comme elle combine aujourd’hui le geste libre et la quête d’un rendu maîtrisé dans ses travaux. Un transfert, opéré dans la continuité : « J’ai eu besoin de travailler la matière, les formes et couleurs. » Être dehors, par la fenêtre qu’elle ouvre en art. « La nature, c’est de l’imaginaire.« 

Somme de choix

Sa palette change à chaque saison : très colorée l’été, plus douce l’hiver. Mais il est une tonalité dont elle ne se départit jamais : celle orangée, jaune, éclatante et solaire, qu’elle insère, en fond comme en surface, dans chacune de ses œuvres. Par couches successives, elle apporte la lumière, essentielle, et la profondeur. Pinceau, brosse, outils divers aussi, détournés de leur usage en bâtiment pour poser les bases d’un monde imaginaire : Geneviève n’impose aucune limite, fut-elle matérielle ou technique, à son art. Un travail à l’instinct, libre, chaotique. « Une phase de jeu« , où l’artiste compose en parallèle toutes les toiles d’une même série. Sa règle ? « Ne jamais rester trop longtemps sur un même tableau. » Pour garder la fraîcheur et l’envie d’expérimenter. « Le plaisir, surtout ! » Par un jeu d’alternance, tantôt d’épaisseur ou de couleur, Geneviève crée la texture à laquelle, plus tard, elle adjoint un motif. « C’est un choix entre plusieurs voies possibles. » Un parti, pris sur la base d’essais plus ou moins fructueux. « La difficulté étant de savoir à quel moment s’arrêter… » Pas trop tôt, pour laisser à la toile le temps de vivre avec son spectateur. Et pas trop tard, pour ne pas l’y perdre. « Mais même si l’on rate ce moment, on peut refaire. C’est tout l’avantage de ce travail en couches : il n’y a aucun risque. » C’est aussi toute la symbolique du travail de l’artiste. Une allégorie de la vie, où l’on fait, parfois sans réfléchir et parfois en ayant dû. Où l’on bride puis libère. Où l’on tente, tombe puis se relève. « C’est l’histoire de ma vie. » Sa philosophie, sa démarche en tant qu’artiste aussi. L’apprentissage par l’expérience, jusqu’à trouver son essence. « Mais finalement, ce n’est pas ce qui compte, quand une personne regarde un tableau… Peu importe ce qu’il y a derrière, chacun sa réalité et sa façon de recevoir l’art dans ce qu’il représente pour lui. Vous direz crevasse dans la neige quand je dirai rivière vue du ciel. Ma récompense n’est pas dans l’interprétation que l’on fait de mes toiles, mais dans le plaisir que l’on prend à les contempler.« 

Geneviève Girod
En exposition permanente dans la galerie En dehors du cadre (3, rue Pierre-Brunet à Oyonnax)
En mai à H2M (5, rue Teynière à Bourg)
www.genevievegirodart.com
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