Dougal Bendjaballah, président d’Oyonnax rugby, entend repartir sur de nouvelles bases en tenant compte des erreurs de la saison dernière.

Quel bilan tirez-vous de la saison dernière ?
Sur le plan sportif, je l’ai déjà dit, le bilan n’est pas bon. Les raisons sont multiples. D’abord, il y a eu un renouvellement important de l’effectif. On a sous-estimé à quel point il est essentiel d’avoir un groupe qui travaille ensemble depuis plusieurs années. La cohésion, ça ne s’achète pas, ça se construit avec le temps. On ne remplace pas facilement des joueurs comme Loïc Credoz ou Charly Cassan, qui portaient le groupe. Ensuite, il y a eu les blessures, et notamment la perte de notre charnière, le noyau dur de l’équipe. Troisième facteur : le départ de notre manager Joe El Abd. On a clairement sous-estimé l’impact que cela a eu sur le groupe. On pensait pouvoir compenser collectivement, mais ça n’a pas suffi. Quatrièmement, il y a eu l’affaire judiciaire (Rory Grice et Chris Farrell condamnés pour viol en réunion). Sur les plans sportif et humain, cela a profondément marqué l’équipe. Enfin, il y a la logique de la compétition : quand vous vous retrouvez dans le ventre mou du classement dès décembre, il devient très compliqué d’inverser la dynamique.
Qu’avez-vous changé pour éviter de revivre une telle saison ?
Nous devons travailler plus dur, beaucoup plus dur, et mieux encadrer le groupe. C’est pour cela que nous avons renforcé le staff autour de Fabien Cibray. Nous avons également insisté sur l’exigence physique, en demandant aux joueurs d’élever leur niveau d’intensité à l’entraînement. On veut un groupe plus fort, plus uni, plus engagé.
Comment se porte le club économiquement ?
Paradoxalement, c’est l’un des meilleurs bilans de la saison. Sur le plan des partenariats, nous avons largement dépassé nos objectifs. Cela montre la fidélité de nos partenaires, quels que soient les résultats sportifs. Et cette dynamique se confirme encore aujourd’hui avec un bon taux de renouvellement pour la saison à venir. Cela nous permet de préserver notre standing, notamment avec une masse salariale ambitieuse pour les joueurs. 4,8 millions d’euros (légère baisse de 200 000 €, par rapport à la saison passée). Notre budget sera de 11 millions d’euros, approximativement le même que l’année précédente. Mais attention, la Pro D2 n’a jamais été aussi relevée. Jusqu’à la 20e journée la saison dernière, tout le monde pouvait encore viser le top 6 ou craindre la relégation. Ce n’est plus comme il y a quelques années.
La saison dernière, vous avez pris la parole publiquement à plusieurs reprises. Pourquoi ?
C’est rare que je m’exprime autant. Comme je le dis souvent : les joueurs jouent, les entraîneurs entraînent, et le président préside. Mais à certains moments, il était nécessaire de porter la voix du club, car nos partenaires et supporters avaient besoin d’explications. Les résultats n’étaient pas là, mais cela ne veut pas dire qu’il ne se passait rien en interne. Il fallait expliquer le travail engagé. Fabien Cibray a été ciblé par certains commentaires. Pour moi, on ne limoge pas quelqu’un en cours de saison sauf s’il y a incompétence ou tricherie. Ce n’était le cas ni pour l’un ni pour l’autre. Le sujet est donc clos. Mais ça n’empêche pas la frustration du public. Et il faut le dire : ce ne sont pas les entraîneurs qui jouent sur le terrain. J’ai donc demandé aux joueurs de prendre leurs responsabilités.
Vous comprenez la colère des supporters ? Ou vous pensez qu’ils ont été un peu trop exigeants ?
On les a gâtés, oui, mais ils le méritent. On les a habitués à gagner, donc leur frustration est logique. Ce qui les a le plus agacés, ce n’est pas seulement les défaites, mais la manière. Quand on prend un contre dès la première minute de jeu, ça les rend fous. Et je les comprends. Mais j’ai aussi vu que personne ne critiquait nos prestations à Grenoble ou à Mont-de-Marsan. Ils savent reconnaître l’engagement. Je suis quelqu’un qui préfère affronter les problèmes plutôt que de les contourner. Et aujourd’hui, on avance avec cet état d’esprit.
Quel est le mot d’ordre cette saison ?
L’an dernier, c’était : « être champion ». Cette saison, ce ne sera pas le cas. Le mot d’ordre, c’est de redonner de la fierté à ce club. Je veux qu’on retrouve nos couleurs, qu’on redonne du sens à notre blason. C’est ça, l’objectif.