L’exposition rassemble une quarantaine d’œuvres, peintures et gravures, que l’artiste a composées dans le cadre de deux corpus thématiques. L’un et l’autre autour du corps, dans le premier au travail et dans le second libéré, en harmonie avec la nature. Deux univers opposés que lui parvient à réunir en un style qualifié de réaliste, quoique touchant parfois à l’onirique. Laurent Proux explore le corps et le met en scène dans un état tantôt contraint ou affranchi, dans un décor toujours très coloré. Installé à Paris, l’artiste a exposé ses travaux aux quatre coins du monde : de Chicago à Shangaï en passant par Moscou et Lyon, et récemment au Musée d’Orsay. Il participe à des résidences aussi, à l’étranger, en France et notamment à Saint-Claude, où il est venu à quatre reprises l’an dernier pour rencontrer ses acteurs et entreprises. Cette exposition, sa première monographique, se veut une passerelle entre son art et le territoire. Entre la culture et l’industrie. Entre deux mondes qui avec lui n’en forment qu’un.
Comme un portrait du Jura, les tableaux de Laurent Proux évoquent à la fois sa dimension industrielle et son incroyable patrimoine naturel. Une terre à deux visages, où vivent, travaillent et s’épanouissent des milliers d’hommes et femmes. L’artiste livre une vision poétique du monde, alternant la technique des gestes et l’abandon des corps dans une série d’œuvres faisant écho au quotidien des gens d’ici tout autant qu’à leurs rêves. Laurent Proux prend le parti de montrer l’espace de travail. Sans embellir ni mentir… Jamais. Le travail dans ce qu’il a de technique, de physique et de pénible. Les travailleurs à la tâche sont ceux que l’artiste a rencontrés en entreprise. Des entreprises locales, emblématiques du Haut-Jura, partageant une histoire sociale riche et des savoir-faire ancestraux restés intacts. Fort de ses échanges, de ses observations surtout, l’artiste compose des toiles monumentales, faisant de chaque geste un motif et de chaque ouvrier un sujet, dans un environnement de travail souvent laissé de côté dans les représentations picturales, a fortiori celles contemporaines. Ses œuvres montrent, et font de l’espace mécanisé – notamment l’industrie du bois, importante dans l’économie locale – un trait d’union avec la nature environnante. Une nature fantasmée où les corps se fondent, tranquilles enfin. L’Homme renoue avec la Terre, est en symbiose avec elle, au point même de fusionner terre et chair dans un ensemble surréaliste. L’œuvre de Laurent Proux est le reflet d’une ville, une région donnant au corps éreinté un lieu remède où respirer, s’échapper, se ressourcer. Car derrière la porte de l’usine comme après la pluie ou au-dessus des nuages, par-delà les sapins jurassiens : il fait beau.
L’Arbre et la machine, par Laurent Proux
Jusqu’à dimanche 28 septembre, au Musée de l’abbaye de Saint-Claude
