Posté le 24 juin 2025 par La Rédaction

L’ancienne chanteuse du groupe Thérapie Taxi a pris son indépendance et affirmé son identité rock. Rencontre avec une amoureuse des mots.

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• Vous avez choisi de conserver le diminutif de votre prénom comme nom de scène.
C’était naturel. Tout le monde m’appelle comme ça depuis toujours. Je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’appeler sinon… Et mon nom entier – Adélaïde -, je n’aime pas !

• Tourner en groupe avec Thérapie Taxi a-t-il eu un côté rassurant avant la carrière solo ?
Il n’a jamais été question que je sois seule sur scène : je n’aurais pas été capable, et je n’aurais pas aimé du tout. Pour moi la musique, c’est un truc qui se partage. Dès mon premier concert en tant que Adé, on était déjà 5 sur scène. J’avais très peur… mais c’est très vite passé !

• A-t-il été difficile de définir votre identité comme artiste ?
Quand on ouvre une nouvelle page, on a l’embarras du choix, c’est toujours un peu vertigineux. Il faut savoir renoncer à certains trucs. Pour mon premier disque, écrit beaucoup pendant le confinement, il y avait du calme, de la douceur, c’était juste moi et ma guitare. Assez naturellement, je me suis tournée vers la folk. En revanche, dès qu’on a commencé à le jouer sur scène et qu’il a pris vie, je me suis dit que ce que j’aimais, c’est qu’il y ait plus d’énergie. Après une centaine de dates, j’ai voulu faire un deuxième album beaucoup plus rock. Ça m’amusait de faire un deuxième album super différent du premier. Il y a un noyau pop-rock.

• Est-il difficile ou confortable d’écrire pour soi ?
Je suis hyper exigeante avec moi, quand j’écris. Je me mets beaucoup de pression. Je me fais toute une idée de la chanson et, tant que je n’y suis pas, ce n’est pas bon. Quand j’écris pour d’autres, je me mets beaucoup moins de pression. Il y a un côté jeu : on se met dans leur peau, on essaie de sortir ce qui pourrait leur plaire. Je m’autorise plus de choses. Je m’amuse même plus que pour moi, parfois !

• Parvenez-vous à parler de tout en chanson ?
Il faut que je me fasse violence pour me mettre à nu. Pour ne pas enjoliver les choses, ne pas poétiser. Je m’en foutais que ce soient pas des paroles sublimes, ça n’était pas le sujet de ce disque. Il fallait juste que ça sorte, que j’arrive à dire purement ce que j’ai besoin de dire. On peut vite se cacher derrière de belles tournures de phrase, des mots vagues, comme j’avais fait sur le premier disque, par timidité.

• La musique sert-elle aussi à passer des messages ?
Ça a été démontré mille fois. Il y a des chansons qui rassemblent les gens et des femmes qui peuvent être vues comme des modèles. On n’avait pas forcément ces modèles dans la musique, pour ma génération. Disons qu’on est plus représentées maintenant. Là où l’on avait avant de gros projets marketing autour des femmes, aujourd’hui, on a davantage des artistes qui créent leur propre univers. C’est assez inspirant pour les petites filles.

• À quoi pense-t-on lorsque l’on écrit des chansons ?
Quand je parle d’une expérience qui est la mienne, j’espère toujours qu’elle pourra aider quelqu’un. Que quelqu’un l’écoutera et se dira « Mais moi aussi ! » Dans le dernier disque, il y a une chanson qui s’appelle Introvertie et qui parle du fait de ne pas être à l’aise avec les autres, de préférer être seule, de se demander tout le temps si c’est normal ou pas. L’idée, c’est de rassurer. Il y en a une autre qui s’appelle Dans tes rêves et qui parle du moment où l’on s’échappe d’une relation qui n’est vraiment pas bonne pour nous, du fait de se croire aimé alors qu’en fait pas du tout. Je me dis qu’une personne qui est dans cette situation peut écouter et comprendre que ce n’est pas ça dont elle a envie…

• Y a-t-il des explorations artistiques qui vous font envie ?
J’aimerais beaucoup écrire un livre un jour, mais je ne sais pas si j’aurai le courage ! Si j’ai cette exigence au niveau des paroles, c’est aussi parce que, souvent, je me sens très contrainte par le format de la chanson, qui est très court. Il faut que chaque phrase soit pile la bonne pour dire ce qu’il y a à dire. On ne peut pas développer, il faut encapsuler une situation, un sentiment, une émotion, en deux ou trois minutes. Parfois, c’est très ingrat. Comme l’écoute que les gens en font : au début ils disent « Ah non j’aime pas » et ils zappent… Ça peut être frustrant.

• Vous êtes à l’écriture, à  l’interprétation. Quid de la mise en scène ?
Je suis très présente sur tous les fronts, tout m’intéresse. Mais il y a plein de paramètres techniques, on ne peut pas faire complètement ce qu’on veut. Le grand problème de ce métier, c’est le déplacement : il faut pouvoir tout réinstaller. C’est dur de trouver une vraie scénographie. Finalement, j’ai pris le contre-pied et choisi de ne pas cacher la musique par du décor. Ce que l’on vient proposer, moi et mes musiciens, c’est de la musique live.

• Êtes-vous plutôt du genre à vous donner des objectifs ou remettre les choses en question quand elles ne fonctionnent plus ?
C’est tous les jours, les questions ! Ce qui est sûr, c’est que je n’ai aucun objectif, et je pense qu’il n’en faut pas. C’est une industrie qui nous pousse à en vouloir toujours davantage : c’est vite néfaste, comme sentiment, de se dire que c’est jamais assez. Je ne chasse rien, je prends ce qui vient. Il n’y a rien d’autre aujourd’hui qui me fasse envie, je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. On verra bien.

• Vous repartez en festival, avec un passage à Oyonnax le 19 juillet. C’est autre chose qu’en salle ?
Les festivals, c’est très particulier. C’est un autre sport ! Tous les soirs c’est différent, on s’adapte à un cadre, à un public qui changent tous les jours, on se fond dans une programmation. On vient faire passer un bon moment à des gens qui, la plupart du temps, ne nous connaissent pas. Il faut être performant, plus qu’en salle où le public est déjà conquis puisqu’il a pris un ticket pour nous voir…  En festival, on va un peu plus au combat ! À la fois, on a affaire à des gens qui ont envie de s’amuser, de découvrir. C’est toujours très fun.