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La Grande Vapeur : le début du reste de sa vie

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L’équipe de la mairie d’Oyonnax et l’AEPV dévoilaient mi-décembre les grandes lignes du projet autour du bâtiment historique, icône du patrimoine industriel local et formidable lieu de mémoire : la Grande Vapeur. Projet visant à donner un second souffle à cet ensemble « en déshérence » et transformer la zone, le bâti et ses pourtours, en un espace de vie bouillonnant.

L’avant

L’édifice marque malgré lui la frontière entre le haut et le bas de la rue Anatole-France. Avec d’un côté le quartier Nord, et de l’autre le reste du centre-ville. Demeurée seule après la démolition de bâtiments périphériques, la Grande Vapeur s’élève au beau milieu d’un parking et constitue pour bien des locaux un site où l’on passe sans jamais s’arrêter. Pourtant partie intégrante de l’histoire de la ville, il mérite à plus d’un titre de s’attarder un instant. Construite en 1905 par le Sanclaudien Auguste Chanard, sur commande de l’Union électrique, laquelle assure à l’époque la production d’électricité, et sa diffusion, dans l’Ain, le Rhône et la Saône-et-Loire ; la Grande Vapeur est une usine de fabrication de peignes en celluloïd. La topographie du Haut-Bugey rendant difficile le raccordement des ateliers à l’électricité, la société a fait en sorte d’attirer les artisans à elle avec un argument imparable : un loyer modeste, de 35 francs par mois, pour bénéficier tout à la fois d’un accès direct à l’électricité, d’une cabine chauffée et d’une sécurité garantie contre le risque d’incendie. Car le celluloïd est (très) inflammable. Aussi a-t-il été nécessaire de bâtir selon un cahier des charges très précis. Soit une forme en V, avec deux ailes de 30 m permettant de ralentir la propagation des incendies ; une conception quasi intégrale en béton et métal ; des issues de secours judicieusement placées et d’immenses bassins, installés sur les toits, servant de réserve pour éteindre un feu en cas d’urgence et, en temps normal, à chauffer les cabines. Quelque 70 cabines, de 9 m2 chacune, où l’on vient travailler à 5, sous la surveillance du gardien par l’ouverture en triangle – rapidement bouchée pour éviter que les concurrents ne copient ! – prévue sur les portes métalliques. L’arrivée de la presse à injecter marquera le début du déclin de l’usine, jusqu’à sa fermeture en 1977. Une décennie plus tard, l’intérieur de la Grande Vapeur sera inscrit, et la façade et le toit classés au titre des Monuments historiques.

L’après

Espace muséal, centre d’affaires, vitrine. Les expressions sont nombreuses pour qualifier ce que sera demain la Grande Vapeur. Sans vocation – si ce n’est celle d’accueillir des visiteurs pour les Journées européennes du patrimoine et quelques expos temporaires – depuis la cessation d’activité, le bâtiment devrait, dans les prochaines années, faire l’objet d’une métamorphose d’ampleur. Des travaux visant à combiner plusieurs espaces avec chacun leur fonction, sur un même tènement. D’abord un musée, tel que défendu dès les années 2000 par Michel Perraud, alors adjoint à la culture, pour dire et valoriser les savoir-faire. À travers notamment une collection unique au monde, permettant d’aborder des sujets aussi variés que l’industrie, la science, l’ethnologie, la mode et les arts décoratifs. Une collection riche, mais fragile, dont les pièces seraient en partie présentées dans une extension neuve, autrement plus propice à leur conservation que le bâtiment d’époque, baigné de lumière mais très mal isolé.

La Grande Vapeur, à la croisée de l’art et l’industrie, deviendrait ainsi un lieu de rencontre, partage et transmission entre générations ; entre locaux et touristes aussi, le projet s’inscrivant dans une logique de territoire ayant comme double vocation celles de dynamiser l’activité commerciale et renforcer l’attractivité touristique. Un lieu de vie, donc, où viendraient flâner les habitants, se cultiver les curieux, innover les entreprises au gré des espaces de convivialité, aménagés aux abords du bâtiment, et jusque sur ses terrasses… L’héritage matériel et la réalité augmentée mêlés permettraient de reconstituer des scènes d’époque et de montrer combien la filière, de par sa capacité à s’adapter et se transformer, est résiliente. C’est aussi tout l’objectif, pour le maire Michel Perraud et l’ensemble des acteurs économiques de la Vallée : apporter des clés de compréhension dans un espace dit d’actualités où chacun serait invité à changer de regard sur un secteur décrié, pourtant partie prenante dans la réduction de l’empreinte carbone, et ce faisant la préservation de l’environnement.

La restauration de la Grande Vapeur, par l’insertion dans un bâtiment historique d’un projet résolument tourné vers l’avenir, se veut l’opportunité pour Oyonnax de « montrer ce qu’elle a su faire, et fera avec ses futurs partenaires ».

Qui, quand, combien ?

La Ville doit réunir quelque 10 millions d’euros pour donner vie à son projet. Elle a déjà pu compter sur le soutien de plusieurs donateurs, privés et publics, parmi lesquels la DRAC (l’État), l’Agglomération, le Département, le Massif du Jura… Elle a reçu aussi un chèque de 500 000 € par la Fondation du patrimoine, emmenée par Stéphane Bern. Entreprises et particuliers peuvent devenir mécènes. Tous sont invités à participer sur le site www.fondation-patrimoine.org.

Sur la réalisation proprement dite, la phase de recrutement a permis de recevoir 40 candidatures. Trois groupements ont été sélectionnés, et chacun a dû présenter les grandes lignes de son projet. Un seul sera retenu d’ici l’été. Les travaux seront lancés d’ici mi-2026 et devraient durer deux ans.

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