L’événement trail revient dans l’Ain les 18, 19 et 20 juillet avec une Xe édition réunissant les coureurs en quête de nature et d’aventure sur des tracés de 13 à 170 km passant par les sites emblématiques du département. Rencontre avec Marc Jacquand, engagé sur le plus long format de l’Ultra 01.
• C’est une première, sur une telle distance ?
Non ! J’ai déjà fait trois fois l’Ultra trail du Mont-Blanc, deux fois la Courmayeur-Champex-Chamonix et quatre fois l’Ultra 01. En février j’ai couru les 100 km de la Trace des Maquisards, et mi-mai les 160 de l’Ultra trail des Chevaliers, en Alsace, avec aux deux un classement parmi les 30 premiers.
• Comment en êtes-vous venu à pratiquer la course à pied, jusqu’à l’ultra trail ?
On a une ferme de famille dans le Jura et, quand j’étais petit, on allait courir avec mon frère, du côté du Crêt de Chalam. Un bon terrain… J’ai joué au foot au club d’Izernore et, vers 20 ans, j’ai fait mes premiers semi-marathons, puis marathons, avant de me tourner vers des itinéraires en pleine nature, en y allant crescendo sur les distances. J’ai fait le tour du lac de Vouglans sur 70 km, puis des courses d’une centaine… J’ai vu un jour une vidéo de Kilian Jornet sur l’UTMB, c’est à partir de là que j’ai voulu faire de la longue distance. Je me rappelle m’être dit « Un jour, je le ferai ! » Le plus dur que j’aie bouclé, c’était 170 km avec 10 600 m de dénivelé. Ce que j’aime dans le trail, c’est d’être dehors. Je travaille en usine, dans un espace fermé et bruyant. Courir dans la nature, où l’on veut, en silence, c’est la liberté…
• Suivez-vous un entraînement particulier pour de telles échéances ?
En général, je fais une sortie courte, de 15 ou 20 km, et une longue, d’une quarantaine, par semaine. Je pars de la maison, à Martignat, et petit à petit j’agrandis la boucle. L’avantage d’habiter à proximité étant de pouvoir s’entraîner sur les chemins du tracé. Ça permet de prendre quelques repères… Sans forcément faire de fractionné, je varie l’allure et vais une fois sur du fort dénivelé, l’autre sur du plus roulant. Je fais aussi du bois de chauffage en guise de muscu l’hiver !
• Comment abordez-vous chaque départ de course ?
Il ne faut pas partir trop vite, sinon on le paie plus tard… Et ne pas vouloir suivre les autres, au risque de perdre son rythme. On en voit à la fin qui sont dans le dur, alors qu’il reste du jus à ceux qui se sont économisés plus tôt. Avec ma montre, j’arrive à savoir si je suis à peu près dans mes temps de passage prévus… Si je ne suis pas dedans, j’essaie de ne pas accélérer pour autant. Il faut aussi ne pas avoir changé ses habitudes alimentaires avant le départ, ne pas partir trop chargé, et manger un petit peu à chaque ravito, en pensant à bien s’hydrater. En général, je prends du Coca ou de l’eau gazeuse, en alternant sucré salé.
• Comment gère-t-on quand le corps ne suit plus ?
Des fois, c’est très dur. En l’espace d’une heure, on peut être super bien, même mieux que prévu, puis tout en bas, sans plus de force. Au-delà des 100 km, le mental joue pour beaucoup. On évite de porter le regard trop loin, on vise le prochain ravitaillement, le prochain sommet. Au matin du deuxième jour, quand le soleil se lève, ça rebooste. Et tout au long du parcours, quand on voit le visage des proches. Je ne me suis arrêté qu’une seule fois à mi-course : sur le dernier Ultra. On avait pris un gros orage, j’étais trempé, j’avais mal aux adducteurs. Ça a été dur à encaisser.
• Vous donnez-vous un objectif dans les années à venir ?
Je suis toujours à peu près dans le même classement. Plutôt qu’une place, je vise un temps : entre 28 et 30 h. J’ai 45 ans et, avant mes 50, d’ici 2 ou 3 ans, je voudrais faire la Diagonale des Fous, sur l’île de la Réunion. C’est à peu près la même distance, le même dénivelé, mais beaucoup plus technique, avec un climat chaud et humide et sans bâtons, pour préserver l’environnement…
• Quelles sont selon vous les meilleures raisons de se lancer dans l’aventure ?
Il faut prendre du plaisir, aimer courir dans la nature et vouloir se challenger ! Entre coureurs, il y a une belle solidarité. Si quelqu’un tombe on l’aide à se relever. Si quelqu’un est arrêté on lui parle et l’encourage. Chacun fait attention à ne laisser aucun déchet. Et l’on croise des animaux, j’ai déjà vu des chamois, sangliers, cerfs… Des amis ont même aperçu le lynx ! C’est toujours sympa.
