Il faudra prononcer le titre du spectacle à haute voix pour saisir la nature du propos derrière l’apparent désinvolte – quoique – Tumeur ou tutu. Car c’est bien de « Tu meurs ou tu tues » qu’il s’agit, avec en fond la violence subie et contée par le personnage principal. L’histoire, inspirée de celle de Léna Ghar dans l’ouvrage du même nom, est ici portée par Émilie Faucheux, tant à la mise en scène qu’au jeu sur elle. Le lecteur et spectateur est témoin des violences – celles physiques, verbales et psychologiques – que la narratrice endure chez elle de ses 3 à 27 ans. Et des gens, qui autour savent et se taisent… Quand à la maltraitance on oppose l’indifférence, les victimes ont comme refuge un imaginaire qui sans panser pose les mots, hurle la colère et crache la douleur, dans un élan cathartique. Il y a la littérature pour tenter de nommer l’innommable. Les mathématiques, pour trouver une logique à ce qui ne l’est pas. L’amour enfin pour faire taire la monstre, mais jusqu’à quand les mots, les chiffres et les beaux sentiments parviennent-ils à cacher la plaie restée béante ? « Soit Je, une individue d’an 23 appartenant à l’ensemble Humanité. […] On sait que les critères théoriques de bonheur dans l’ensemble Humanité sont les suivants : confort matériel, travail, famille, santé, amour, amitié. […] Je ne dirait pas qu’elle est heureuse. Je sent que quelque chose ne tourne pas rond chez elle. Quelque chose que le critère manquant (Famille), ne pourrait pas combler.«
Tu t’émancipes !
Guidée par l’évidence pour choisir les textes qu’elle adaptera, Émilie Faucheux a vu vite dans Tumeur ou Tutu quelle voie prendre pour lui donner son relief. « J’aime que la pensée s’incarne. » Qu’aux mots que l’on pense, le décor, les gestes et les silences donnent un nouvel écho. « Ce premier roman de Léna Ghar fait partie de ces textes qui sont comme une déflagration poétique et qui m’aimantent… » Aussi la metteuse en scène s’en est-elle saisie pour proposer une lecture théâtrale d’une matière qui, déjà dans sa forme originale – son inventivité langagière, sa force d’oralité, sa liberté de parole -, offre un rythme, une sonorité qui accrochent. « C’est avant tout l’histoire d’une émancipation. L’humour, certes noir parfois, et le jeu avec les mots donnent une tonalité faisant contrepoint à la thématique qui, de prime abord, paraît seulement dure. Parfois même… on rit ! » Cherchant à faire sentir plutôt qu’à montrer, Émilie choisit de suggérer, tantôt par la métaphore ou le mouvement, ce qui fuse infuse bouillonne déborde de l’esprit du personnage. Tout un monde graphique venant donner corps au carnet mental de la narratrice… Un trait, fil rouge, ligne de vie et témoin d’un cœur qui bat. Et fort, battra celui du spectateur quand, des pages au plateau il verra naître, renaître et s’émanciper l’héroïne, fourbue mais debout. Malgré tout.
L’avis de l’équipe
« Ce texte puissant d’émancipation fait l’effet d’une euphorique déflagration poétique, et interroge sur les violences cachées au sein du foyer. Alliant incarnation sensible, projections graphiques, musique aussi, le spectacle invente les images d’un monde intérieur, comme un encéphalogramme de l’intime, pour mieux entrer dans ce récit de vie plein d’humour corrosif et d’autodérision. Brut & lumineux !«
Tumeur ou tutu
Mercredi 14 octobre à 20 h 30 et jeudi 15 octobre à 19 h
Tarifs : 12 à 19 €
Durée : 1 h 25
Dès 14 ans
Par Émilie Faucheux (Ume théâtre) d’après Tumeur ou tutu de Léna Ghar, aux Éditions Gallimard
