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« Poésie et Résistance » : la puissance des mots en temps de guerre

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La force de création artistique face à l’oppression. Tel est le sujet de l’exposition présentée jusqu’au 21 septembre au musée de Nantua. Avantagée par sa forme courte, aisément mémorisable et facilement transmissible, son ancrage dans le quotidien, son pouvoir d’évocation, son aptitude à dire la douleur, l’espérance, à honorer sacrifiés, martyrs et héros, la poésie a été lors de la Seconde Guerre mondiale un puissant outil de Résistance. Le musée, qui avait déjà valorisé le fonds littéraire à travers les lettres des prisonniers de guerre, poursuit son exploration avec la poésie. La forme des textes, l’ambition de leurs auteurs… « À quoi bon des poètes en temps de détresse ? » interrogeait l’un d’entre eux Hölderlin. Ils sont nombreux, pourtant – communistes, chrétiens, proches du général de Gaulle ou d’aucun parti – à exprimer, signant tantôt de leur nom ou d’un patronyme anonyme, leur engagement pour la Liberté. Une résistance par les mots, voulue chargée de la détresse et la colère du peuple pour les uns, pure et non soumise aux circonstances pour les autres, mais consistant pour tous en un acte militant. Tous ont fait porter leur voix, dissidente et résistante, leur valant d’être censurés, sinon arrêtés, torturés ou déportés. La poésie l’a emporté malgré tout, remportant au passage l’adhésion des Français acquits à la cause de celles et ceux qui, envers et contre tout, n’ont jamais cessé de combattre. Si ce n’est par les armes, alors par l’esprit avec une rage équivalente.

« La véritable parole humaine »

Une frise permet de suivre le contexte politique et militaire des cinq ans du conflit. Un repère temporel auquel s’ajoutent les manuscrits originaux de poèmes, tels que la Rose et le réséda de Louis Aragon, Liberté de Paul Éluard, le Couplet de la rue Saint-Martin de Robert Desnos, le Chant des partisans… Des manuscrits accompagnés des supports sur lesquels ils ont été diffusés : revues, tracts, plaquettes donnant au registre une place de choix dans l’éditorial officiel et clandestin de l’époque. L’année 1940 est symbolisée par les vers réguliers et rimés du soldat Louis Aragon qui, dans sa poésie dite nouvelle – car ancrée dans le présent et animée par la volonté de maintenir, même dans le fracas de l’indignité, la véritable parole humaine, et son orchestre à faire pâlir les rossignols… – raconte l’attente, la guerre, la débâcle et la séparation avec l’être aimé. L’année 1941 met la lumière sur Jean Paulhan, soutien de ce que la France compte alors d’écrivains et parmi les acteurs principaux de l’entrée en Résistance du monde littéraire. L’année 1942 voit paraître Liberté de Paul Éluard, une longue suite de quatrains dont tous commencent par « Sur » et se terminent par « J’écris ton nom ». Les éditions sont nombreuses. Celle de la Revue du monde libre sera parachutée par l’aviation anglaise au-dessus de la France… L’année 1943 fait écho au Chant des partisans, écrit le temps d’une nuit à Londres, accompagnant l’unification des réseaux de résistance et l’intensification des départs au maquis. L’année 1944 met au jour le texte de la nuit noire, ces vers composés par les poètes envoyés en camps et promis à la mort. Notamment Robert Desnos qui écrivait Nous laisserons notre poussière dans la poussière de Compiègne. L’année 1945 enfin, la poésie sort de la clandestinité. La victoire est fêtée tout autant que la pensée française, restée forte malgré le tumulte.

Le parcours de l’exposition Poésie et Résistance sera complété par une série d’animations jusqu’aux Journées européennes du patrimoine, fin septembre. Avec notamment un hommage au poète Charles Juliet décédé l’an dernier, dimanche 29 juin (5 €), des lectures en résonance par Quai en poésie lors du festival Woua’art de vendredi 4 à dimanche 6 juillet (gratuit), un parcours conçu spécialement pour les familles du 5 juillet au 31 août, des ateliers haïkus pour expérimenter une forme légère de poésie en partenariat avec la médiathèque de Nantua les jeudis 10, 17 et 24 juillet de 10 h 30 à 11 h 30, et une visite guidée de l’exposition par son commissaire, Vincent Gilles, dimanche 14 septembre à 15 h (gratuit).

Poésie et Résistance
Musée de la Résistance et de la Déportation, à Nantua
Tarifs : plein 8 €, réduit 4 €, gratuit moins de 18 ans

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