Vous l’avez forcément déjà vue, écoutée ou rencontrée, tant elle est sur tous les terrains. Ceux sportif et culturel notamment, où la fraîche quinqua s’illustre tantôt pour les loisirs ou son travail. Car Mounira est une insatiable. Une âme entière et passionnée, solaire et confiante en sa destinée… Arrivée dans le Haut-Bugey depuis Besançon, Mounira a travaillé au Musée de la Résistance et de la Déportation, à Nantua, avant de rejoindre à Bellignat le lycée Arbez-Carme comme professeure d’histoire et lettres, et désormais le collège Lumière, à Oyonnax, comme documentaliste. Un poste en lien direct avec les élèves dont, par les mots – au gré d’une rhétorique maîtrisée et d’ouvrages toujours bien choisis -, elle encourage la réflexion. Ouvre la conscience et élargit l’horizon. À leurs côtés, Mounira aime à mener des projets pour aborder par la pratique et d’autres biais que celui historique des notions qui lui sont chères. Aussi a-t-elle travaillé avec eux sur le mot « chaîne », désignant tour à tour l’attribut des esclaves et les bijoux des artistes hip-hop. L’artistique apportant son lot de métaphores pour mieux comprendre les sujets sensibles et s’en saisir comme futurs citoyens… « Je suis fille d’immigrés, décrit Mounira. La deuxième génération. Mes parents sont arrivés ici d’Algérie en 1973 dans le cadre du regroupement familial. » De ce parcours, elle puise l’envie de parler des colonisations et migrations. Plus largement des Hommes. Sans cultiver de rancœur. Plutôt en invitant à la rencontre des peuples et en appelant à la tolérance. C’est à travers l’art à nouveau que Mounira exprime et transmet l’émotion. Par le chant en particulier, comme elle s’y employait encore fin mai au Festival des femmes du monde, avec son trio Lovely Soul.
Dire & danser
Il n’est pas de projet trop grand pour Mounira Cherraben. Moins encore lorsqu’il s’agit de culture et de partage. Aussi l’Oyonnaxienne a-t-elle fait de sa rencontre avec les chorégraphes associés de Col’Jam, créée en 2008 au Maroc, l’essence d’une nouvelle compagnie « telle qu’il n’en existe pas dans l’est du département ». Un écho artistique et relais local du talent d’Ahlam El Morsli et Wajdi Gagui, organisateurs depuis 2015 du festival international Les Rencontres chorégraphiques de Casablanca, qui ont collaboré notamment avec Émilie Borgo, de la compagnie burgienne Passaros, dans le cadre de projets de coopération France-Maroc, et signé avec les élèves oyonnaxiens les réalisations Oyoka et Racines métisses.
Présents en résidence l’an dernier à Oyonnax, les artistes y présenteront en décembre le spectacle Au bord du bord. Une représentation marquant le point de départ aussi du projet Danser au-delà des frontières, en lien avec sept classes du territoire. « On parle ici de toutes les frontières, décrit Mounira. Celles géographiques, culturelles ou imaginaires. » Les élèves rédigeront des poèmes, dont les danseurs s’imprégneront pour penser autour des mots les mouvements et l’émotion. S’y ajouteront son, lumière, arts numériques et visuels, IA et travail de régie, en lien les élèves et leurs professeurs répartis en ateliers… Toutes les composantes du spectacle vivant seront ainsi abordées, dans une forme mêlant art et pédagogie. Le duo d’artistes fera des allers-retours réguliers jusqu’à la restitution, le 4 juin 2027. « Les maîtres-mots du projet sont rencontrer, pratiquer, connaître » assure la responsable de Col’Jam à Oyo. Un projet pluridisciplinaire offrant une approche transversale à la croisée de l’art et la technique. Illustrant aussi à la perfection combien chaque individu est essentiel à la réussite du collectif. Au-delà de l’objectif pédagogique… une leçon de vie.
