Rencontre avec Louise Courvoisier, la réalisatrice de Vingt Dieux, sur les écrans le 11 décembre, après une série d’avant-premières dans la région.
• À quoi a ressemblé votre enfance dans le Jura ? Vous êtes-vous lancée dans le cinéma avec l’envie d’en parler ?
J’ai grandi dans un petit village qui s’appelle Cressia. Les premiers voisins étaient à 1 km ! On est allés à l’école à côté, on était trois par classe. J’ai eu envie de partir voir ailleurs au lycée, donc j’ai pris une option cinéma qui m’a permis d’être en internat à Besançon. J’ai continué à Paris, puis à Lyon pour apprendre le métier. Je suis très attachée à la région. J’ai tourné tous mes courts-métrages ici. J’avais envie que mon premier long parle des gens avec qui j’ai grandi et qui me touchent.
• Vous en êtes aujourd’hui à faire la tournée de promotion de votre film. Comment vivez-vous cette rencontre avec le public ?
J’aime voyager et suivre le film, mais j’ai quand même hâte de revenir dans mon Jura et d’y rester ! C’est super d’aller à la rencontre du public, c’est ce à quoi on rêve quand on fait un film. En tournée régionale, je rencontre des gens qui savent de quoi je parle. Ici, ça a encore plus de sens pour moi…
• Vos parents, frères et soeur apparaissent au générique : était-il évident que les membres de votre famille fassent partie de l’équation ?
Je ne l’ai jamais envisagé autrement ! On a toujours été assez proches et l’on s’est suivis dans nos projets respectifs. C’est ma meute : j’ai besoin d’eux pour me sentir solide. C’est plus agréable de travailler en groupe. Et puis on a grandi au même endroit… Il n’y avait pas besoin de se parler beaucoup pour se comprendre. C’est un luxe, quand on est réalisateur.
• Lac de Chalain, piste de stock-car de Pont-d’Ain, fruitière de Simandre : la plupart des scènes sont tournées dans la région. Comment avez-vous choisi les différents sites ?
Souvent, j’écrivais en ayant déjà des lieux en tête. L’avantage, c’est que je connais bien la région. Globalement, je savais déjà où j’allais tourner chaque scène. On a fait du repérage un peu partout avec ma soeur, en fonction des décors que l’on cherchait.
• Vous avez tenu à être au plus près de la réalité dans vos scènes, notamment pour le vêlage ou la fabrication du Comté. Comment cette fidélité au réel est-elle reçue ?
Je crois que l’authenticité touche toujours. On n’a pas l’habitude de ça au cinéma, mais c’est apprécié quand c’est réussi. C’est juste que c’est difficile à faire, et c’est pour ça que les gens ne le font pas. Pour une grosse machine de cinéma, faire entrer trop de réel revient à prendre des risques. On le fait le moins possible.
• Le fait de tourner exclusivement avec des comédiens amateurs vous a-t-il forcée à les diriger davantage ?
Je les ai beaucoup dirigés, parce qu’eux se laissaient complètement faire. Il y avait comme un accord tacite entre nous. Pour se sentir bien, ils devaient se laisser porter. C’était plus confortable comme ça. Ça prend plus de temps, mais c’est ce que j’adore faire ! Il y a aussi beaucoup de naturel qui ressort, parce qu’ils sont assez proches des personnages. Des pros n’auraient pas pu apporter ça.
• Quels sont les premiers retours du public, après cette tournée dans la Petite Montagne ?
Tout le monde me raconte des tranches de vie, c’est très touchant ! Je sens aussi qu’ici, on a moins l’habitude d’aller voir des films d’auteur, où tout n’est pas explicite, où la fin reste en suspens… J’ai toutes sortes de réactions, mais je ressens beaucoup de fierté, de reconnaissance et d’identification.
• Comment le public de Lons a-t-il réagi à la réplique sur la Vache qui rit ?
Ça a rigolé très fort ! Toutes les situations de fromage, par ici, font beaucoup plus réagir qu’ailleurs.
• À quoi ressemblera la suite ?
Il n’y a pas de projet précis, mais je vais quand même rester fidèle à ma manière de fonctionner, c’est-à-dire travailler entourée des gens importants pour moi. Il n’y a pas de raison que ça change. Quant à mon sujet, il m’emmènera où il m’emmènera…
