En 2024, quand on pense à la production plastique dans notre région, on voit d’immenses usines et de grands groupes industriels qui répondent à la mondialisation des marchés. Pourtant, parmi les 600 entreprises de la Plastics Vallée, il y en a encore quelques-unes de petite taille, familiales.
C’est le cas de Smiplast, à Chassal (39), où Bruno Poncet oeuvre, accompagné de son beau-père Fernando Amado de Frias. L’entreprise a été fondée par Fernando et sa femme, tous deux immigrés portugais, arrivés à 16 ans. L’aventure a commencé en 1987 dans un garage de 55 m2. « Après avoir été employés dans des entreprises de la région tous les deux, on a commencé avec deux presses. On a acheté la maison et l’atelier et on était ensemble, à plein temps. Cela a toujours été une équipe intrafamiliale », où même le chien et les petits-enfants ont leur place aujourd’hui dans la cour ou le bureau. « Mes parents ont énormément travaillé pour en arriver là » précise Sonia, fille de Fernando et épouse de Bruno, qui a passé une partie de son enfance dans l’usine avec ses deux parents. « On les aidait, on discutait avec maman, mais c’était à l’usine. » Reconnaissante d’avoir pu bénéficier d’un job quand elle était jeune, Sonia a appris la « valeur travail. Et nous aimerions que nos enfants, avec Bruno, viennent essayer de travailler un jour à l’usine, pour comprendre le sens de cette valeur ».
Aujourd’hui dans une maison située à 200 m du premier site, le nouvel atelier s’étend sur plus de 450 m2, avec six presses récentes, répondant aux évolutions et besoins de l’injection plastique. Smiplast travaille en sous-traitance pour des entreprises locales et s’attache au développement de projets divers depuis quelques années. Car en 2010, à la suite d’une démission sur Lyon et d’un retour dans la région pour Sonia et Bruno, la décision est prise « hyper rapidement ». Bruno a commencé par donner un coup de main et les événements vécus par la famille l’ont amené à reprendre l’entreprise, alors que Fernando approchait de l’âge de la retraite. Un enchaînement qui sonne comme une évidence, un passage de témoin fluide et pertinent quand les trois membres de la famille l’évoquent, car les valeurs sont restées les mêmes. Parmi celles-ci, la fidélité. « Pendant des années, mes parents n’ont eu qu’un seul client, fidèle. Et c’est toujours un client, parmi d’autres aujourd’hui » explique Sonia. « On ne va pas non plus lâcher une entreprise, un client, pour un autre marché. On tient à cette fidélité réciproque, indique Bruno. C’est aussi le savoir-faire qui a permis à l’entreprise de tenir la route depuis tout ce temps. Et nos clients le savent : on suit le produit du début à la fin. Nous le fabriquons, nous l’emballons, nous le livrons. De par notre petite taille, nous avons aussi plus de flexibilité. » En effet, cette flexibilité dans une telle petite structure permet à la famille de tenir les délais et d’être plus souple sur les demandes des clients. Si Bruno et Fernando sont à l’usine et autour des presses, Sonia a tenu à suivre une autre voie. Psychologue sur Oyonnax, elle ne reste pas moins la pierre angulaire de cette entreprise familiale. « Je suis aussi une liaison entre papa et Bruno, quand ils n’osent pas se dire des choses, quand les méthodes ne sont pas les mêmes. Et cela me permet de venir voir mon père et mon mari. »
Mais quels sont donc les avantages et les inconvénients de travailler en famille ? « On travaille pour soi, on sait pourquoi on est là. On dispose aussi d’une flexibilité pour adapter nos journées en fonction de la charge de travail et des contraintes familiales, indiquent Bruno et Sonia. On s’entend tous bien et il y a une relation de confiance. » Parmi les difficultés, « ça a été compliqué de s’autoriser davantage de temps libre alors que papa, retraité, vient encore parfois allumer les presses ! Bénéficier de plus de temps libre, c’est la différence entre nos deux générations ». Il faut dire que, à 71 ans, Fernando est un hyperactif qui aime autant revenir à l’usine que s’occuper de ses petits-enfants ou profiter d’un retour au Portugal pour entretenir ses châtaigniers et oliviers ! Mais aujourd’hui, il pense à la retraite. « C’est pour bientôt (rires). » Que ce soit avec lui ou Bruno et sous l’oeil de Sonia, Smiplast est entre de bonnes mains, et pour longtemps encore !
