En cinq ans et huit romans, qui sont autant de best-sellers, Mélissa Da Costa est devenue la romancière la plus vendue en 2023 avec 1,275 million de livres, détrônant Guillaume Musso qui trustait ce classement depuis 12 ans ! Rencontre avec l’enfant de Replonges devenue une star de la littérature à l’actualité très fournie en cette rentrée.
Toute sa vie a changé, mais elle pas trop. Ah si. Elle est désormais maman de deux adorables petits garçons et elle habite une maison en vallée de Chevreuse qui jouxte une forêt, « où l’on est encore plus à la campagne qu’à Replonges », souligne sa maman, assistante maternelle. La vague Tout le bleu du ciel et ses 1,2 million d’exemplaires vendus, boostée par un incroyable succès en livre de poche, a tout submergé. En plein Covid, le bouche-à-oreille, même avec un masque, a plébiscité ce road-trip où Émile, atteint d’un Alzheimer précoce dont l’issue est fatale trouve comme compagnon d’infortune la frêle Joanne dont le sac à dos de la vie est bien trop chargé. Ensemble, ils vont parcourir la route du soi. « Je ne m’attendais pas à un tel succès qui, avec les obligations médiatiques qui ont suivi, m’a décidée à quitter mon poste de chargée de communication dans une commune de l’Isère pour me consacrer à l’écriture. » Pour celle qui a écrit ses premiers poèmes et contes à 7 ans, le rêve devenait réalité.
3 millions de romans vendus
Les romans suivants, sortis à un rythme comme si elle voulait rattraper le temps perdu, sont tous devenus des best-sellers (plus de 3 millions au total) : Les Lendemains (2020), Je revenais des autres (2021), Les Douleurs fantômes (2022), La Doublure (2022), Les Femmes du bout du monde (2023) et celui qui polarise toutes les attentions en cette rentrée Tenir debout, sorti le 14 août. Sans oublier le bouleversant Faiseuses d’étoiles (2023), une histoire d’amour maternel qui utilise l’imaginaire fécond de l’enfant afin de le préserver d’une réalité douloureuse. Un conte de fées offert à l’Unicef. Car chez les trois filles Da Costa, on cultive l’empathie pour l’autre au féminin pluriel ; Mélissa offre en partage son appétence pour la résilience quand Janne est devenue sage-femme et Clara, animatrice dans un Ehpad.
Un road-trip d’un an en Nouvelle-Zélande
Cet été, Tout le bleu du ciel a fait l’actualité avec l’annonce par TF1 de son adaptation à la télévision avec Hugo Becker dans le rôle d’Émile et Camille Lou dans celui de Joanne. Une adaptation en bande-dessinée vient également de sortir, scénarisée par Carbone et dessinée par Juliette Bertaudière (Albin-Michel). Incroyable destinée pour ce livre finalisé alors qu’elle effectuait un road-trip d’un an en van en Nouvelle-Zélande avec son compagnon Charles. « C’est aussi là que le décor des Femmes du bout du monde s’est imposé, dans la région des Catlins, terre inhospitalière mais de toute beauté. » La destinée de trois femmes marquées par la vie, mais animées d’une envie farouche de revoir une aube se lever quelle qu’en soit la promesse. Un trio féminin qui a un passé à panser et un avenir à penser.
Ma passion, c’est d’écrire
Depuis le début de l’été, Mélissa Da Costa s’est lancée dans le marathon de la promotion de Tenir debout. Elle s’y plie sans retenue, mais en comptant les jours qui la verront venir à la rencontre de ses lectrices et lecteurs dans les festivals et dédicaces, exercices qu’elle préfère de loin, « même si ma véritable passion a toujours été d’écrire. J’espère pouvoir retrouver très vite du temps pour mon prochain roman prévu à l’été 2025. Pour Tenir debout, je pensais initialement écrire un drame autour d’un couple qui fait face à la dépendance. J’ai rencontré un couple qui vit cette situation et, au fur et à mesure de nos discussions, et d’autres échanges sur les réseaux sociaux, je me suis rendu compte que, face à un accident de la vie, rien n’était forcément terminé et que tout pouvait recommencer. La fin a donc été complètement changée. » La résilience, encore et toujours… Si sa plume est une émotion, ses mots des palettes qui peignent l’essentiel et ses phrases des lumières riches d’une poésie du quotidien, il arrive que le chemin pris ne soit pas considéré comme le bon. « Plusieurs fois, j’ai écrit des débuts de livres de 200 à 300 pages avant de tout abandonner. »
Casser son image
Classée écrivaine feel-good par une presse, notamment parisienne qui semble adorer les cases, les critiques l’ont parfois agacée, mais, par effet de mode, elles sont à quelques égards comme les températures par météo venteuse : il ne faut pas confondre le ressenti avec le réel. Si Mélissa Da Costa a réussi le tour de force de casser cette image, quoi qu’il advienne, elle aura réussi la prouesse de s’approprier cet aphorisme de Colette : « L’art est d’utiliser les mots de tout le monde et d’écrire comme personne ».
Get up, stand up
Si chacun a la faculté de se souvenir de ses émerveillements et de ressentir ses parts secrètes, combien sont capables de les traduire avec des mots qui révèlent notre sensibilité ? De la plage blanche initiale, qui ne semble pas l’angoisser, à la dernière ligne qui sublime le chemin parcouru ensemble sur 600 pages, Mélissa Da Costa prend un nouveau départ à chaque roman car la vie ne recopie jamais. Ce nouvel opus littéraire Tenir debout donne une nouvelle dimension à cette auteure incroyablement douée qui sait si bien débarrasser ses lectrices et ses lecteurs des carcans qui tiennent le bonheur à distance. Bien sûr qu’il faut le lire et bien sûr qu’il ne faut pas trop en dire. Juste savoir qu’à la dernière page venue, le lecteur a la certitude qu’aux obstacles, aux vicissitudes et aux troubles qui peuvent survenir dans un couple, la chaleur d’un amour parfois mis à mal est un bien précieux. S’en constituer un trésor et en faire la visite autant de fois qu’on le désire est une démarche très personnelle. Alors, il faut le lire, et il faut s’en souvenir car cela nous rend meilleur.
Tenir debout
Éditions Albin Michel
600 pages, 22,90 €
