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J’ai testé pour vous… le quotidien de la caserne des pompiers d’Oyonnax

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Accueilli au matin par le chef de centre et les pompiers de garde dans le grand centre de secours d’Oyonnax, route de Marchon, je découvre que la journée a commencé à 7 h avec le rassemblement, les consignes, les « piquets » (la répartition des rôles lors de la garde), un réveil musculaire et la vérification des engins d’intervention. À mon arrivée, c’est l’heure de la manoeuvre qui me met directement dans le bain quotidien des pompiers. Sur un scénario organisé « comme la vraie vie », un accident de la circulation est recréé sur le parking de la caserne et une équipe de secours est dépêchée : le véhicule ambulance arrive avec les pompiers engagés dans cet exercice. En effet, tous les pompiers professionnels et volontaires suivent une formation de maintien des acquis. L’un d’eux prend les informations des témoins de l’accident, un autre s’occupe de la victime et le troisième s’occupe de la sécurisation de la zone et de la sortie du matériel. Les gestes sont précis, chacun sait ce qu’il doit faire, le tout dans le calme et la concentration. La victime de l’accident est au centre de tout ce ballet parfaitement orchestré. La communication entre les trois pompiers est efficace, précise et leur permet de réaliser les différents bilans pour estimer l’urgence vitale et les constantes de l’accidenté. L’équipe prend le temps de bien faire, en suivant les procédures codifiées et répétées régulièrement afin d’être les plus efficaces et sereins possible lors des interventions. Après une demi-heure, c’est le temps du débriefing : tous les participants et les observateurs refont ensemble et en détail le film de l’intervention. Chacun analyse sa pratique et justifie ses gestes et ses choix d’action : ceux-ci peuvent être différents, car il faut savoir adapter les procédures et les outils à chaque situation. Je remarque la complémentarité des réponses au sein de l’équipe, qui traduit la cohérence des actions observées. L’équipe élargit ses échanges sur différentes situations similaires et possibles. L’ensemble de l’exercice se fait avec beaucoup de sérieux même si « ça chambre quand même », car le sérieux des interventions demande aussi de savoir souffler et prendre du recul lors des exercices.

Pendant que j’observe cette manoeuvre, les sapeurs-pompiers volontaires en formation travaillent, de leur côté, la conduite et le stationnement des véhicules ambulances. Tous sont titulaires du permis B. Il faut bien se rendre compte que conduire des véhicules de secours n’est pas la même chose que conduire sa voiture au quotidien, a fortiori quand une victime est à bord !

Pour une partie de l’équipe de garde, c’est le temps de la session de sport. Pour ma part, la matinée se poursuit avec la découverte du matériel, des véhicules et de la fameuse tenue, qu’on me propose de tester. Me voilà donc équipé de la veste, de la bouteille d’air, du masque et du casque. Une vingtaine de kilos en plus, qui pèsent déjà lourd et donnent chaud, alors que je n’ai pas à bouger ! Je me projette alors sur l’effort physique nécessaire pour se déplacer, monter des escaliers, tirer la lance à incendie ou s’occuper d’une victime avec ce matériel sur le dos !

Il est 11 h 25 et tout se met à sonner ! Une équipe est appelée pour du secours à personne. Plusieurs des pompiers partent en un instant. Dans une des salles de réunion sont présents les trois sapeurs-pompiers volontaires en formation. Je les questionne sur leurs motivations à s’engager. À 19, 21 et 39 ans, chacun et chacune a eu un parcours personnel ou des évènements familiaux l’ayant amené(e) à se former. Responsable de planning dans l’industrie, étudiants en droit ou en informatique, ils formalisent leur engagement avec ces modules de formation, avant de pouvoir intégrer une équipe de pompiers pour des phases d’observation et, un jour, pouvoir intervenir auprès des victimes. Dans le foyer où billard et fauteuils de cinéma sont installés pour les temps d’attente ou de repos entre les interventions, les échanges battent leur plein et les points de vue se complètent, dans cette équipe soudée. C’est l’occasion pour moi de discuter avec ces pompiers et leur capitaine de leur métier passion. À 13 h 03, tout se met à sonner à nouveau. Un gros accident appelle l’ensemble des pompiers de garde. Alors qu’ils sont sur le départ, je m’éclipse de la caserne.

Pour moi, l’immersion se termine, après cette matinée menée tambour battant. Pour eux, la garde de 12h ou de 24h est loin d’être terminée. Au retour de l’intervention, ils pourront finir leur déjeuner. Pour les pompiers professionnels, en semaine, l’après-midi sera dédié aux différents services (logistique, plannings, etc.) quand ils ne seront pas appelés. En week-end, l’après-midi est un quartier libre, chacun doit toutefois se tenir prêt à partir. À partir de 18 h, ce sera sport pour les uns, détente pour les autres. Pour certains, la garde se terminera à 19 h, pour d’autres qui dormiront sur place, elle se terminera le lendemain matin à 7 h… Heure à laquelle d’autres pompiers professionnels et volontaires prendront la relève pour assurer la protection et le sauvetage de la population d’Arbent, Marchon, Oyonnax, Bellignat, Belleydoux, Échallon, et plus loin encore, quand il faut coopérer avec les autres centres de secours. Je repars avec beaucoup d’admiration pour l’engagement quotidien et l’humilité de ces femmes et ces hommes, qui m’ont permis de comprendre leur quotidien, et de dépasser les clichés que nous pourrions tous avoir sur les pompiers !

Le saviez-vous ?
L’équipe du centre de secours d’Oyonnax est équipée et formée pour faire face à un panel d’interventions (accidents de la route, feux de forêt, déblaiement, eaux vives…) dont le secours aux victimes en cas d’attentat ! Seuls les centres de Bourg-en-Bresse et d’Oyonnax peuvent envoyer des pompiers sur ce type d’interventions dans le département de l’Ain.


Galerie de portraits

Sylvain Jacquemetton
Le capitaine Jacquemetton est le chef du centre de secours d’Oyonnax. En poste depuis trois ans, il « [s’]assure que le centre de secours puisse répondre aux besoins de la population du secteur à tout moment, que ce soit en termes de ressources humaines, de compétences et ou de matériel. C’est aussi faire vivre les 80 sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, avec un bon état d’esprit et de la joie… car certaines missions ne sont pas très joyeuses ; d’autres le sont, avec les accouchements par exemple ! Il faut maintenir cette alchimie, avec les valeurs de cohésion, de solidarité, d’engagement, de dépassement de soi et de convivialité. »
• Quelles sont les satisfactions de votre engagement ?
C’est la satisfaction des sourires sur les visages. Sans être dans le monde des Bisounours, c’est aussi une belle école de la vie, en particulier pour les jeunes qui s’engagent.
• Quelles sont les difficultés de votre métier aujourd’hui ?
C’est le recrutement de sapeurs-pompiers volontaires et la fidélisation de leur engagement. Pour les jeunes, les études peuvent parfois les emmener loin d’Oyonnax. C’est aussi important de se renseigner et de venir nous rencontrer pour dépasser les préjugés sur l’engagement de pompier.

Anne Calvet
Figure de la caserne avec ses 23 ans d’engagement, Anne Calvet me répond franchement quand j’aborde la question de la place d’une femme dans une caserne de pompiers : « La question ne devrait plus se poser. Nous sommes en 2024, il faut vivre avec son temps, il y a de plus en plus de femmes pompiers. Personnellement, je n’ai jamais eu de remarque sur le fait que je sois une femme pompier. Depuis le décret de 1976, les femmes peuvent être pompiers. Il n’y a pas de différence entre hommes et femmes ; il y a la sensibilité de chacun et une complémentarité des compétences. Il faut aussi connaître ses limites et son savoir-faire ; on a chacun une approche différente. C’est un métier accessible à tous, selon ses compétences, que l’on soit un homme ou une femme. »
• Quelles sont les difficultés rencontrées ?
C’est de gérer son temps entre sa vie professionnelle, sa vie de famille et sa vie de pompier. Avec les gardes, les formations, parfois, ça peut être chargé. Mais la vie de caserne a aussi ses bons côtés !
• Quelles sont les satisfactions de votre engagement ?
D’un point de vue personnel, il y a une richesse dans une équipe qui est intergénérationnelle et interprofessionnelle. On apprend énormément les uns des autres. C’est aussi une satisfaction d’avoir un rôle dans la société et d’apporter sa petite pierre à l’édifice, avec bienveillance.

Cyrille Peret
Cyrille Peret m’a accompagné dans la découverte des véhicules et du matériel, et a partagé sa passion pour son métier. D’abord pompier volontaire, il s’est ensuite engagé comme pompier professionnel, en devant repartir de zéro pour reprendre tous les modules de formation et gravir les échelons de grade. Ses années d’engagement lui permettent d’avoir un recul sur ce métier et les clichés liés : « Il faut avoir une condition physique, mais cela ne doit pas être un frein pour devenir pompier volontaire. On travaille en équipe, on s’entraide et on se complète. On n’est pas des machines non plus et on est loin de l’image du gars macho qui sait faire face à tout ; on dispose désormais de cellules psychologiques pour nous aider (face à la mort, face à des victimes enfants…) et de la camaraderie entre nous. »

Benoît Comte
Benoît, 30 ans, est pompier volontaire depuis deux ans. « J’ai toujours su que je serai pompier tôt ou tard. » Fils de pompier, menuisier de métier, il travaille désormais comme responsable de la régie du bâtiment à Oyonnax. « On a établi une convention avec mon employeur qui me permet de partir en journée si je suis appelé, de participer à des formations, et qui encadre mes retards éventuels. » De plus en plus fréquentes, ces conventions (négociées avec l’employeur) permettent à davantage de volontaires d’associer vie professionnelle et mission de pompier.
• Qu’est-ce qui est difficile dans votre engagement ?
On est d’Oyonnax. On ne se rend pas toujours compte de la misère sociale, parfois plus proche de nous qu’on ne le pensait. Être pompier, c’est d’une technicité sans limite : il faut toujours apprendre, toujours se perfectionner… ce qui est finalement positif ! C’est aussi un engagement qui demande une certaine organisation. C’est pas un choix personnel, mais une décision que l’on prend avec nos proches.
• Qu’est-ce que votre engagement vous apporte ?
C’est une valeur ajoutée à notre vie de tous les jours. On ne fait rien d’exceptionnel, mais l’on a aussi une façon d’appréhender un accident avec un oeil différent.

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