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Igreka : l’universalité par la musique

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L’enfant des années 90, espagnol par sa maman, marocain par son papa, a grandi dans le quartier de la Forge à Oyonnax. « À cette époque, la culture hip-hop était bien répandue. J’ai baigné tôt dedans, au point de développer pour elle une vraie passion. » Sur le téléphone des jeunes, les titres en vogue sont ceux d’I Am, Tupac, Rohff, Booba, Kery James, Dr Dre. Autant d’artistes ayant marqué le registre rap par la puissance de leur flow. « À force de les écouter, j’ai eu envie de devenir comme eux. Faire de la musique et aller loin. » Alors à un peu plus de 10 ans, Yaël prend un papier, un crayon, et commence à poser les mots. « C’est venu tout seul. » Ses textes disent, comme ceux des années 2000 et du rap dit « à l’ancienne », les maux d’une société à la dérive. Ils dénoncent, contestent, prennent parti, politisent… « J’avais déjà un sens critique assez développé et plein de choses à dire. » Yaël s’inspire de plus grands que lui. Les grands frères du quartier qui, eux aussi, plus tôt, ont écrit et fait de la musique : « C’étaient des modèles. » Partout dans le quartier, les jeunes commencent à rapper. Yaël à Jean-Moulin ; d’autres dans les zones attenantes. Tous sont autodidactes et repérés par Rachid, l’animateur du centre social. « Lui aussi était ancien rappeur. Il nous a suivis, a animé des ateliers, a partagé ses techniques de rime et obtenu des subventions pour monter un petit studio. » Son accompagnement a duré près de 10 ans : « Il a été une sorte de mentor. » Du travail mené à l’époque, Yaël retient le morceau et le clip produits à Oyonnax par Rachid qui depuis a monté son label associatif. Wallah k’c’est vrai, c’est le titre, a cumulé quelque 450 000 vues sur YouTube. Un succès. « On a vu que ça pouvait marcher, qu’il y avait quelque chose à faire. » Mais l’âge est aux études et à la dissolution du groupe – pourtant solide – du quartier. Et tous partent faire leur chemin. Yaël, lui, ne lâche rien. « J’ai continué en solo. » À écrire, donc, et frapper aux portes. Pour finalement produire et financer lui-même ses premiers morceaux. Le rêve est tenace, et lui déterminé à l’étreindre…

Les années passent et Yaël, devenu entre-temps Igreka – des syllabes YA pour Yaël Amamou – évolue comme homme et artiste. « Je me suis beaucoup adouci » confesse-t-il. Un changement fruit d’un virage dans sa vie personnelle et d’une profonde introspection. « J’ai grandi, je me suis beaucoup cherché… » Partagé entre les religions de ses parents – l’une est catholique, l’autre musulman pratiquant – le jeune homme explore au côté de sa maman une spiritualité « ouverte et très poussée« . Au point de se sentir en phase avec elle. « Mes principes et valeurs se reflètent dans ma musique. » Dans la forme, l’artiste a opté pour un mélange de parties rappées et chantées. « Ça ne se faisait pas tellement dans le premier rap ; aujourd’hui de plus en plus. » Bien sûr, Yaël est à l’affût des tendances. « Je me tiens au courant et m’imprègne des évolutions de la musique. » Mais il développe son propre style, gagne en maturité pour affirmer, sans copier le travail de quiconque, sa propre identité. « Je m’efforce d’être authentique, de me montrer tel que je suis, sans tricher. » Igreka sort son premier EP il y a deux ans : 4 saisons. Et fait de la sortie de son premier album son nouvel objectif.

« Il s’appellera Yosoy, « je suis » en espagnol. » De quoi aborder cette évolution par laquelle l’artiste est passé, par laquelle il passe encore. De quoi aussi remettre les choses à leur juste échelle. En arrêtant notamment d’idéaliser les grands parce qu’ils sont connus pour se concentrer sur son identité, la vraie, l’assumer pleinement, la revendiquer même, pour donner la place qu’elle mérite à ce que l’on est, et ce que l’on fait. Une sagesse héritée de son éveil et d’une quête intérieure, ayant permis de faire surgir l’amour, la paix, l’unité et la tolérance. Des valeurs portées par Igreka dans sa musique. « Je parle de moi dans cet album, mais finalement aussi de vous, de nous tous. Je sors d’une simple vision égotique pour viser à l’âme dans sa dimension universelle. » Rien n’a changé, depuis ses 10 ans : l’écriture sonne toujours comme une évidence. Les mots sortent d’une traite pour composer des morceaux ciselés, les textes épousant la musique dans ce qu’elle a de reliefs et phases plus douces. « Il y a eu beaucoup, beaucoup de feuilles noircies, des tiroirs pleins que j’ai vidés pour ne conserver que la base. Les textes principaux sont là de côté. » Ceux qui composeront Yosoy et tous les autres. Une dizaine sont prêts – sur la quinzaine prévue – pour l’album. En attendant, Igreka en appelle au soutien du public. Je me suis donné jusqu’à mars pour la sortie. Encore du travail et quelques fonds à réunir, donc, pour naître enfin, et toucher du doigt le rêve qui l’habite depuis petit. Celui de devenir grand.

Igreka
Le lien : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/yosoy-le-premier-album-de-igreka

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