Posté le 13 mars 2020 par La Rédaction

Celui qui s’est installé au sein de la deuxième ligne oyonnaxienne s’est aussi fait une place au sein de la sélection de son pays, l’Uruguay. Il y a quelques mois, il disputait sa première Coupe du Monde à 22 ans, signant avec « los Teros » le plus bel exploit de ce Mondial japonais, en venant à bout des Fidji. Immersion dans la boîte à souvenirs. 

Le simple fait d’évoquer cette Coupe du Monde, et ce sont des souvenirs qui remontent, une lumière dans les yeux et vraiment l’envie de partager ce qui fut pour Manuel Leindekar l’un des moments les plus forts de sa vie.

Le joueur d’Oyonnax a pris part à l’aventure japonaise entre septembre et octobre derniers, avec sa sélection uruguayenne, et a vécu l’un des plus grands temps forts de ce Mondial 2019 en décrochant cette première victoire dans un Mondial depuis seize ans, face aux Fidji à Kamaishi, terre ravagée par le tsunami de 2011 et qui revit à travers le ballon ovale.

« Pour notre rugby, ça a beaucoup changé. C’est un pas énorme. On n’avait pas fait les Coupes du Monde 2007 et 2011 et c’était un moment clé pour le rugby professionnel, affirme Leindekar. L’Uruguay était resté un pas derrière et pour la Coupe du Monde, on a fait un gros travail de préparation avec nos moyens. On a montré que ce n’était pas juste l’argent, mais l’envie, qui  compte toujours. C’était un gros défi pour nous de montrer au monde que l’on était capable d’être au niveau. On s’est mis la pression alors que nous n’en avions pas, c’était de la bonne pression pour nous aider à faire une bonne préparation et de gros matchs », poursuit-il avec une certaine émotion. 

C’est dur de s’entraîner comme un pro mais de devoir travailler à côté.

Revenu en Uruguay pendant les fêtes de Noël, Manuel a ainsi pu mesurer auprès de sa famille, de ses amis et au sein d’un pays tout entier que les regards avaient changé après cette performance historique. Et il espère ainsi un regain pour le rugby de son pays, souhaitant un avant et un après. « Craig White, qui a fait de la préparation physique de haut niveau un peu partout dans le monde, est venu avec nous et il a changé la façon de s’entraîner, physiquement et mentalement.

Il a mis un vrai focus sur la préparation mentale, savoir relâcher la tête, méditer, et ne pas être prêt que physiquement mais aussi mentalement pour les entraînements, pour la musculation, la façon de manger. Beaucoup de joueurs ayant fait la préparation, et toujours dans leur club amateur en Uruguay, peuvent ensuite transmettre cela aux joueurs et aux entraîneurs. C’est contagieux », affirme-t-il. Le regard sur son pays, sur les joueurs uruguayens, a aussi évolué dans la planète ovale. « On a changé la manière de voir l’Uruguay. Tout le monde nous connaît un peu plus et c’est important pour avoir plus de joueurs pros et un meilleur niveau car c’est dur de s’entraîner comme un pro mais de devoir travailler à côté », ce qui est encore le quotidien de plusieurs internationaux ! 

À 18 ans, il a hésité à faire du rugby son métier 

Associer rugby professionnel et Uruguay reste donc une histoire moderne, tandis que Manuel Leindekar est issu d’une génération pionnière. Et d’une famille de rugbymen. Son père et ses grands frères ont tous joué, tandis que ce grand gaillard de 2m05, natif de Montevideo a débuté la pratique de ce sport à l’âge de 8 ans (il était moins grand à l’époque). « C’est de famille ! Je suis allé dans une école anglaise où l’on fait du rugby très jeune. J’ai joué dans l’équipe de l’école puis un an dans le club des Old Boys. Et à 19 ans, je suis arrivé ici », comprenez Oyonnax! Justement, c’est après avoir disputé le Mondial B des moins de 20 ans en 2015 au Portugal que tout s’est accéléré. Pourtant, son destin aurait pu être tout autre… 

« J’étais très jeune. Je venais d’avoir 18 ans et j’ai un peu douté. Je ne savais si je voulais faire du rugby mon métier. Durant tout l’été, on s’est entraîné comme des professionnels et j’ai aimé cette vie. Mais comme il n’y avait pas encore ce projet de Ligue professionnelle en Amérique du Sud, il fallait aller la chercher en Europe. » Dès lors, « notre entraîneur Pablo Lemoine, qui a joué en Top 14 au Stade Français et à Montauban, a contacté six ou sept joueurs qui avaient les conditions pour pouvoir rentrer dans une Académie. Là, un agent m’a contacté. Je suis venu une semaine à Oyonnax en décembre 2015, pour essayer et visiter les installations. Je me suis entraîné avec les Espoirs, les Pros et j’ai eu une proposition pour un contrat Espoirs de 3 ans », raconte celui qui est passé professionnel en début de la saison. 

Le voilà maintenant installé après des débuts avec Oyo le 20 octobre 2017 en Challenge Européen. « La saison dernière, j’ai fait la préparation avec les professionnels puis j’ai commencé à jouer à partir de décembre. C’était juste avant la Coupe du Monde, le bon moment pour me montrer et donner de la confiance aux entraîneurs pour gagner le maillot en deuxième ligne avec l’Uruguay. J’ai commencé à enchainer et ça m’a donné de la confiance. Cette année, j’ai cette expérience de la Coupe du Monde alors que je suis encore jeune. C’est une bonne combinaison pour la suite. » Vamos! 

Kamaishi, au Japon : Uruguay face aux Fidjis @JulienPlazanet