Posté le 26 mai 2026 par La Rédaction

Dans le cadre du dispositif « 100 œuvres qui racontent le travail » porté par le musée d’Orsay, le musée de l’Abbaye s’est positionné afin de raconter le travail à travers l’industrialisation de la ville en accueillant en ses murs La serveuse de bocks, 1878-79 d’Edouard Manet (1832 – 1883), peintre favori de Zola qui incarne la révolution esthétique de la fin du XIXe siècle : le rejet de l’académisme au profit du réalisme de la vie contemporaine.

Le contexte de Saint-Claude pour accueillir ce chef-d’œuvre

Saint-Claude, capitale des savoir-faire de la fabrication de la pipe et de la taille du diamant, était une ville en plein essor industriel au tournant du XIXe siècle. La ville cultive ainsi la mémoire d’un mouvement social original. Issue d’un cercle ouvrier créé à Saint-Claude à la fin des années 1870, puis transformée en coopérative d’alimentation en 1881, « La Fraternelle » se distingue radicalement en prévoyant le reversement intégral des bénéfices à une caisse sociale. C’est toute une philosophie, une culture sociale, politique et syndicale qui se met alors en place. À l’image des « Vooruit » en Belgique, les coopérateurs sanclaudiens achètent au cœur de la cité une bâtisse et construisent la Maison du Peuple qui sera inaugurée en 1910. Le passé industriel de la ville reste aujourd’hui toujours présent avec la persistance d’entreprises implantées sur le territoire. Côtoyant le tableau de Manet dans une salle du musée de l’Abbaye spécialement aménagée pour sa venue, une sélection de pipes sera exposée afin de recontextualiser socialement et historiquement ce patrimoine industriel.

La serveuse de bocks exposée à proximité de la salle « À l’aube de la modernité » qui présente
des artistes tels que Bonnard, Vuillard, Bores, Braque… concentre les spécificités du musée de
l’Abbaye : un écrin pour la peinture au sein d’une ville qui réunit les vestiges d’un patrimoine
médiéval avec la résistance d’une riche histoire industrielle et associative.

Manet peint les transformations sociales de la fin du XIXe siècle

Edouard Manet peint les brasseries au moment de la sortie du roman de Zola : L’Assommoir
(1877), et représente des portraits de femmes du peuple. Manet a le désir de fixer à travers une
série naturaliste les plus saisissants caractères du « Paris nouveau » de la Troisième République,
ce qui lui permet de traiter des sujets inédits, hors de la sphère académique ou politique.
Les café-concert, lieu de sociabilité, jouent un rôle essentiel. Le café Guerbois, puis celui de la
Nouvelle Athènes, tout comme le Café de Bade, établissements du quartier latin et des Grands
Boulevards, sont des points de ralliement de la « bohème artistique » où étudiants, collectionneurs,
journalistes et artistes débattent des idées neuves (Monet, Zola, Courbet, Vallès, Mallarmé, Astruc
et Baudelaire).
Les ouvriers côtoient les bourgeois dans une ambiance bruyante, enfumée, dans un véritable corps
à corps social. La bière est servie dans des bocks, de grands verres à anse. Les brasseries qui
fabriquent et débitent cette boisson se multiplient à Paris qui en concentre plusieurs centaines. L’usage de la bière entraîne celui du tabac chaud, pipes, cigares et cigarettes.

Manet exprime sa modernité : la scène et les personnages semblent peints « sur le vif »

Vers la fin des années 1870, Manet a peint une série de tableaux ayant pour sujet les brasseries
et cafés de l’époque. Ce tableau en particulier est d’une grande modernité avec son cadrage serré
qui est traité par le peintre comme un instantané photographique, donnant l’impression de saisir
un instant fugace. Dans ce tableau comme le précise Georges Bataille dans son essai sur l’art en
1955, Manet est le « peintre d’un pittoresque » de son époque. Peintre urbain, du moderne et de
l’actualité, l’artiste habille sa peinture d’une dimension sociale.
Le peintre travaille la frontalité car la serveuse constitue le point central de la composition,
gommant la profondeur de la pièce. Il exprime une certaine considération envers son modèle. Cette
serveuse a une présence solennelle. Elle occupe le cœur de la composition, tournée de face, dans
une pose qui semble héritée des maîtres anciens, son regard franc tourné vers le regardeur. Manet
est un peintre de la vie moderne telle qu’il l’observe. Il a ainsi ouvert une nouvelle ère qui a servi
de base pour toutes les expérimentations à venir des impressionnistes et des
postimpressionnistes.

Pour accompagner l’exposition :

  • Visites flash de 15 minutes les vendredis après-midi de 15h à 16h30.
  • Conférence sociale et artistique à l’occasion des journées européennes du patrimoine
    les 19 et 20 septembre 2026

Pour consulter les horaires rendez-vous sur le site.

manet
Edouard Manet – La serveuse de bocks, 1878-1879
Huile sur toile – 77,5 x 65 cm
Musée d’Orsay, Paris